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L'instrument de haine portable

(Photo: Shutterstock)

Pourquoi l'antisémitisme continue-t-il d'être traité comme s'il appartenait à un seul camp, à une seule croyance, à un seul ensemble de slogans, et pourquoi le débat public préfère-t-il si souvent désigner un seul coupable plutôt que d'affronter une réalité complexe ? Une fois ces questions posées, le sujet apparaît moins comme une pathologie marginale que comme un instrument politique récurrent, repris par différents mouvements lorsqu'ils ont besoin d'un ennemi sur lequel faire porter le chapeau sans rien résoudre. Ce schéma se répète dans différents contextes, montrant à quel point les préjugés peuvent s'adapter lorsque des besoins politiques se font sentir et à quel point ils peuvent facilement prendre de nouvelles formes qui conviennent au moment présent sans perdre de leur acuité.

Dans de nombreux commentaires, les préjugés sont encore présentés comme le problème de quelqu'un d'autre, et ce « quelqu'un d'autre » change en fonction de la personne qui s'exprime. Les conservateurs pointent du doigt l'extrême gauche. Les progressistes désignent la droite nationaliste. Les personnalités religieuses situent le danger dans les confessions rivales ou dans la modernité séculière. L'attrait est évident, car cela permet de tracer une carte morale claire, avec les méchants bien à l'écart et l'accusateur positionné comme le défenseur de tout ce qui est bon. Pourtant, les motifs antisémites persistent précisément parce qu'ils ne se limitent pas à une seule idéologie. Ils voyagent et acquièrent des accents locaux : nation et pureté dans un contexte, justice et pouvoir dans un autre, lutte sacrée dans un troisième. Cette mobilité leur permet de s'adapter sans perdre leur puissance fondamentale au fil du temps.

Au sein du nationalisme d'extrême droite, la logique est familière, même lorsqu'elle est modernisée pour de nouveaux publics. La politique devient une histoire sur des personnes réelles menacées, une communauté imaginée comme cohérente jusqu'à ce qu'elle soit perturbée par des étrangers ou par une trahison interne. Les Juifs sont cantonnés dans un rôle à la fois commode et corrosif : suffisamment présents pour être tenus pour responsables du changement, mais traités comme étant définitivement distincts, de sorte que la suspicion peut être maintenue indéfiniment. Les revers économiques, le malaise culturel et la déception politique peuvent tous être convertis en insinuations sur une influence cachée. L'insinuation est plus utile qu'une affirmation explicite, car elle résiste à la réfutation et permet de garder le récit flexible pour une utilisation future.

À l'extrême gauche, les mêmes préjugés peuvent apparaître sous une forme morale différente qui met l'accent sur les questions systémiques. Le langage utilisé ici est celui de l'inégalité, de l'oppression, de l'impérialisme, et la critique vise souvent les systèmes plutôt que les peuples. Pourtant, lorsque la politique devient une quête de pureté, les Juifs peuvent être traités comme des suspects uniques, en particulier à travers le débat sur Israël. La critique d'Israël n'est pas, par définition, antisémite, et prétendre le contraire ne fait qu'empoisonner le débat et fermer toute discussion légitime. Le danger est de sombrer dans la suspicion collective : l'hypothèse selon laquelle les revendications juives en tant que peuple sont intrinsèquement entachées, que le traumatisme juif est une astuce rhétorique et que l'autodéfense juive est particulièrement dépravée. Les vieux clichés sur l'argent et le contrôle reviennent sous forme de discours anti-élite qui sait faire un clin d'œil aux initiés sans jamais le dire ouvertement.

L'extrémisme religieux ajoute une intensité différente qui rend la modération difficile, surtout lorsqu'un mouvement estime qu'il exécute des instructions divines. L'hostilité devient alors plus difficile à modérer et plus facile à sanctifier. Les Juifs peuvent être présentés comme des adversaires permanents dans un vaste récit, un peuple dont la culpabilité présumée se transmet de génération en génération. Les textes sacrés sont exploités pour en extraire des fragments hostiles, tandis que les traditions interprétatives et les histoires de coexistence sont écartées au profit du récit choisi.

Ce qui est fascinant ici, c'est la façon dont ces courants peuvent se chevaucher sans coordination ni accord explicite. Le nationaliste se plaint des mondialistes. Le radical dénonce les réseaux capitalistes. L'extrémiste parle d'ennemis éternels. Chacun peut finir par puiser dans le même réservoir de mythes sur le pouvoir, la duplicité et le contrôle caché des Juifs. L'opportunisme suffit pour que cela se produise dans la pratique dans différents groupes et contextes.

C'est pourquoi les tentatives de lutte contre l'antisémitisme en isolant une seule source ont tendance à échouer à long terme. Lorsqu'un groupe d'extrémistes est pris pour cible, les motifs réapparaissent ailleurs avec un lexique révisé adapté au nouveau contexte. La condamnation des préjugés dans un camp permet à un autre de se servir de cette condamnation comme preuve de sa propre pureté, tout en laissant ses propres habitudes d'insinuation intactes et incontestées.

La clarté est essentielle pour répondre à cette diffamation, car la question est de savoir pourquoi tant d'idéologies la trouvent utile et pourquoi tant de publics la tolèrent lorsqu'elle est présentée comme une critique ou une croyance. Si les sociétés démocratiques veulent la réduire, elles auront besoin de normes cohérentes, d'une oreille sceptique face aux insinuations et de la discipline nécessaire pour remarquer quand le langage devient un déguisement pour de vieux préjugés qui ont été réutilisés à des fins contemporaines.

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Ab Boskany is Australian poet and writer from a Kurdish Jewish background born in Kurdistan (northern Iraq). His work explores exile, memory, and identity, weaving Jewish and Kurdish histories into fiction, poetry, and essays.

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